De sa campagne bretonne à l’Indochine
Lucien Piton, gendarme en retraite à Landerneau (Finistère) nous a quitté brusquement le 11 mars dernier à l’âge de 97 ans. Il était le doyen parmi nos camarades de la section UNPRG de Landerneau-Lesneven-Pays des Abers.

C’était un homme authentique, attachant dont le parcours de vie mérite que l’on s’y attarde.
Lucien est né le 17 mai 1928 à Le Tréhou, une commune rurale au pied des Monts d’Arrée dans le département du Finistère. Il rejoint les rangs de la gendarmerie le 2 mai 1952. Après le stage de formation de 6 mois stage à Aubagne (Bouches du Rhône), il rejoint sa première affectation à la Garde Républicaine à Paris.
Il est ensuite engagé en Indochine le 23 février 1954 et est immédiatement affecté au 454ème bataillon de garde montagnarde (unité de brousse) sur les hauts plateaux de Pleiku et Contoum. dans la région de l’Annam au sud Vietnam, Diën-Ben-Phu est tombé depuis le 7 mai 1954.
Début juillet 1954, au bord de la rivière Eo-Hieo, il intègre une compagnie formée de 3 sections et d’un service radio soit au total 110 militaires composée de 7 gardes républicains et 103 gradés et gardes vietnamiens. Il a tout juste 26 ans et commande l’une des sections.
A la mi-juillet, sous le feu de l’ennemi, harcelé toujours plus par des combattants nombreux et insaisissables et luttant contre les velléités de désertion de ses supplétifs, le gendarme Piton et le reste de sa compagnie doivent finalement abandonner leurs positions sur ordres. Ils ne devront leur salut qu’en parvenant à regagner le poste français de Marway après 4 jours de retraite à travers la brousse avec pour seule nourriture quelques sardines et une poignée de riz. Ils auront combattu au plus près du 1er bataillon de Corée et du groupement mobile 100 engagés sur la zone de Pleiku proche qui seront décimés sur le plateau de Ku-Dre . Le gendarme Piton verra le peu de rescapés revenir vers sa garnison. Cet épisode de la guerre d’Indochine est un fait marquant, la dernière bataille des français dans la région . Le cessez-le-feu sera annoncé le 20 juillet lorsque les accords de Genève seront signés.
Lucien Piton regagnera la métropole après 28 mois d’engagement en Indochine. Il poursuivra sa carrière à la garde républicaine assurant les missions quotidiennes de surveillance et de garde d’honneur des palais de la république.
Il sera successivement affecté dans la gendarmerie mobile en région parisienne puis la gendarmerie départementale dans le département de l’ Ain et enfin et jusqu’à fin de sa carrière en Normandie en brigades territoriales. Au moment de prendre sa retraite en 1982, il sert à la brigade Flers dans l’
Orne. Il regagne alors sa Bretagne natale pour s’installer dans la maison qu’il a fait construire à Landerneau dans le Finistère.
Le gendarme Piton était décoré de la médaille militaire, de la médaille du combattant, des médailles commémoratives Extrême Orient et Indochine. A la fin de sa vie, veuf, il demeurait à la résidence des personnes âgées « la fleur de Lin » à Landerneau. Il était membre d’associations d’anciens
combattants, de l’union des retraités et personnels de la Gendarmerie.
Il était profondément gendarme : les drapeaux se sont inclinés ce samedi 14 mars sur son cercueil revêtu du drap tricolore.
Repose en paix cher Lucien !
Jean-Paul Page, administrateur