Après les véhicules et l’immobilier, l’armement de puissance menacé : Quand s’arrêtera l’hémorragie d’équipements pour la Gendarmerie nationale ?

​Par la Rédaction de La Voix du Gendarme et la commission communication de l’UNPRG

​À quelques semaines des arbitrages décisifs et du vote du Projet de Loi de Finances (PLF) pour 2027 à l’Assemblée nationale, l’inquiétude au sein de la communauté des gendarmes — personnels d’active comme retraités et réservistes — a franchi un seuil critique.

​Le diagnostic sans concession porté devant la commission de la Défense par le Directeur général de la Gendarmerie nationale (DGGN), le général d’armée Hubert Bonneau, pose une équation implacable : sans un réarmement budgétaire immédiat, l’Institution s’apprête à faire face à une rupture capacitaire majeure à l’horizon 2030.

​L’UNPRG et La Voix du Gendarme apportent leur soutien total et inconditionnel à la démarche de vérité du Général Bonneau. En rappelant avec fermeté les réalités matérielles du terrain face aux contraintes comptables, le DGGN remplit son devoir premier : défendre la sécurité opérationnelle de ses hommes et la capacité de l’Institution à protéger la Nation.

​ENCADRÉ / DÉCLARATION

​« L’ensemble du budget estimé pour renouveler les équipements dits « militaires » de la gendarmerie — armement de puissance, optronique, protection tactique — représente aujourd’hui un besoin résiduel d’environ 800 millions d’euros. »

​— Général d’armée Hubert Bonneau, Directeur général de la Gendarmerie nationale.

​1. Le FAMAS au bord de la rupture : la falaise de 2030

​L’alerte la plus critique concerne l’armement individuel de puissance. Exclue des grands marchés globaux de renouvellement conduits pour les armées (à l’image du passage au HK-416F dans l’Armée de Terre), la Gendarmerie subit aujourd’hui de plein fouet l’obsolescence programmée de son parc de fusils d’assaut FAMAS F1 :

  • ​Un parc sous cannibalisme logistique : Sur les 32 000 FAMAS en dotation (gendarmerie mobile, écoles, outre-mer, unités d’intervention et réserves), l’impossibilité de s’approvisionner en pièces détachées (percuteurs, sous-ensembles) a contraint à réformer plus de 500 armes pour la seule année 2025.
  • ​Le mur capacitaire de 2030 : Faute de crédits alloués dans le budget 2027, la Gendarmerie ne disposera plus que de 5 000 FAMAS opérationnels en 2030, face à un besoin minimal estimé à 22 000 armes neuves pour maintenir l’opérationnalité des escadrons et la Défense Opérationnelle du Territoire (DOT).
  • ​Une rupture d’interopérabilité : Le FAMAS F1 ne tirant pas la munition standard OTAN (5,56 mm M855), la cohérence tactique avec nos partenaires de défense se dégrade d’année en année.

​2. Véhicules, casernes, matériel : le ras-le-bol des arbitrages d’économie

​Ce retard sur l’armement n’est malheureusement que la partie émergée d’une crise matérielle plus globale, dénoncée depuis plusieurs exercices par les associations et syndicats de la communauté Gendarmerie :

  1. ​Le parc automobile exsangue : Des véhicules de patrouille accumulant les kilomètres et immobilisés plusieurs semaines en garage faute de budgets d’entretien ou de crédits de renouvellement de flotte.
  2. ​L’immobilier à l’abandon : Des rapports répétés soulignant le délabrement de certaines casernes domaniales et le gel des crédits de rénovation énergétique et structurelle.
  3. ​Les équipements tactiques gelés : Les matériels d’optronique (vision nocturne), de transmission cryptée et de protection renforcée pourtant cruciaux pour les PSIG, les antennes GIGN et les unités de gendarmerie mobile dans un contexte de menace hybride et de violence accrue.

​3. Appel solennel à la représentation nationale

​Le rattachement au ministère de l’Intérieur ne saurait condamner la Gendarmerie à être la parente pauvre des arbitrages budgétaires interministériels. Qu’il s’agisse de gestion des crises sur le territoire national, de lutte contre la criminalité armée ou de contribution à la défense du pays, les gendarmes ne peuvent continuer à pallier la pénurie par le seul dévouement.

​Le général Hubert Bonneau a eu le courage institutionnel de dresser un constat lucide et documenté devant le Parlement. Il appartient désormais aux députés et sénateurs d’amender et de voter un budget 2027 garantissant le lancement immédiat du programme de renouvellement des fusils d’assaut et la remise à niveau des équipements du quotidien.

​Économiser sur la sécurité des gendarmes, c’est hypothéquer la sécurité de tous les Français.