La France a traversé, le 17 octobre 2026, l’une des journées les plus violentes de ces dernières années. Ce que nous avons vu ce jour-là n’était pas seulement une manifestation qui dégénère. C’était le symptôme d’un basculement profond, révélateur de tensions sociales, institutionnelles et sécuritaires qui s’accumulent silencieusement depuis plusieurs années.

Ce chaos n’est pas né d’une cause unique. Il plonge ses racines dans la convergence de plusieurs facteurs, dont l’interaction a rendu la situation explosive.

Tout d’abord, une crise sociale profonde qui s’est installée durablement : la vie chère, l’inflation, le prix du carburant, qui ont développé un sentiment d’injustice et de déclassement. Une colère qui s’est développée au sein des familles, des jeunes, des travailleurs, et qui s’expriment avec une intensité que nul ne pouvait ignorer.

Vient ensuite l’action de nombreux groupes ultraviolents organisés, extrêmement mobiles, venus dans le but d’en découdre avec les forces de l’ordre, profitant de la dispersion des cortèges pour mener des attaques ciblées contre les bâtiments publics, les unités engagées et les commerces. Ce sont eux qui ont fait basculer la journée dans une violence d’une rare intensité.

À tout cela, il faut ajouter des fragilités ponctuelles dans le maintien de l’ordre. Pas dû, aux forces de l’ordre elles-mêmes, puisque visiblement, elles ont contribué à éviter le pire, et ce, au prix de nombreux blessés dans leurs rangs, mais aux décideurs qui dans beaucoup de villes ont sous-dimensionné les dispositifs. Les unités engagées ont dû faire face à des groupes rapides, imprévisibles, utilisant des techniques proches de la guérilla urbaine. La proximité des cortèges et de ces groupuscules a rendu la maîtrise du terrain particulièrement difficile.

Enfin, la polarisation politique a aggravé la situation. Des discours antagonistes, souvent incendiaires, ont empêché l’apaisement et alimenté la radicalisation. Ce qui n’a que pour seul effet un affaiblissement de la confiance dans les institutions.

Face à cette situation, il est indispensable d’agir non seulement dans l’urgence, mais également et surtout dans la durée.

Dans un premier temps, et à très court terme, il est indispensable de reprendre pleinement le contrôle de l’espace public. Cela implique de renforcer les effectifs engagés, de sécuriser les zones sensibles, de neutraliser les pilleurs et les casseurs par des interpellations ciblées et une judiciarisation systématique. Il convient également de rassurer la population par une présence visible, constante et déterminée des forces de l’ordre, ainsi que par une communication claire sur les actions conduites. Enfin, il est nécessaire de stabiliser le climat social en rouvrant des canaux de dialogue crédibles et en évitant toute prise de parole clivante susceptible d’alimenter les tensions. Ceux qui clament haut et fort que « la police tue » et que les gendarmes seraient « des voyous en uniforme » devraient commencer par faire leur mea culpa.  

Certes, il est impératif de prendre des mesures d’urgence, mais au‑delà de cette réponse immédiate, il faut penser l’avenir. L’exigence absolue est de moderniser durablement le maintien de l’ordre, de renforcer le renseignement territorial et d’adapter nos doctrines aux nouvelles formes de violence. Il est indispensable d’agir au plus près des territoires, en détectant les signaux faibles, en consolidant la prévention et en travaillant étroitement avec les acteurs locaux.

Il est grand temps que l’État prenne pleinement conscience qu’il n’est plus acceptable d’exposer ses forces de l’ordre, dernier rempart de la République, à des situations où elles se retrouvent en première ligne sans les moyens nécessaires. Il lui appartient de les soutenir, en leur garantissant les ressources financières, matérielles et opérationnelles indispensables pour accomplir leurs missions en toute sécurité.

Le voyou doit comprendre qu’il n’a plus face à lui une cible vulnérable, mais un serviteur de l’État, légitime et déterminé, en mesure de lui rappeler que « Force doit rester à la loi ». Ce n’est qu’à ces conditions que nous restaurerons la confiance institutionnelle auprès de nos concitoyens, à travers une transparence assumée, une pédagogie constante et la valorisation du rôle essentiel des forces de l’ordre.

Même si cela intervient tardivement, nous prenons acte qu’après avoir exprimé sa colère et sa honte, le chef de l’État a finalement affirmé son soutien à l’ensemble des forces de l’ordre. Dans son allocution, le président de la République a précisé que « Face aux casseurs, l’exécutif sera intraitable » et que le suivi judiciaire devra être exemplaire : casseurs, pilleurs = payeurs.

Si l’on peut se réjouir d’entendre de tels propos, encore faut‑il qu’ils soient portés avec conviction et qu’ils ne se réduisent pas à de simples éléments de langage rédigés par l’une des plumes du président. Une chose demeure certaine : la paix sociale ne reviendra que s’il n’y a plus de manifestations. Et pour cela, l’État doit d’abord témoigner davantage d’empathie envers ceux qui manifestent dans le calme, en engageant un véritable dialogue social de fond.

Dans ce contexte, notre association a un rôle clair, légitime et essentiel.

L’UNPRG se doit de soutenir les personnels d’active, saluer leur professionnalisme et leur engagement dans des situations extrêmes. Nous devons, chaque fois que possible, remonter les informations du terrain, grâce à nos unions départementales et leurs différents secteurs sans oublier tous nos adhérents(es), qui sont bien souvent les premiers témoins des tensions locales.

Nous devons préserver la cohésion, en maintenant un discours apolitique, factuel, fidèle aux valeurs de la Gendarmerie : devoir, probité, protection. Et nous devons harmoniser nos communications, pour que chaque message contribue à la stabilité et à la confiance.

Le chaos du 17 octobre 2026 est le produit d’une crise profonde et multiforme. Pour éviter sa reproduction, il faut agir simultanément sur la sécurité, la justice, la prévention et la cohésion sociale. L’UNPRG réaffirme son soutien aux personnels d’active, son attachement aux valeurs de la Gendarmerie et sa volonté de contribuer à la stabilité nationale par une communication responsable et apolitique.

C’est notre devoir. C’est notre engagement. C’est notre contribution à la démocratie et à la République.

Daniel Gonfroy