Pendant des siècles, la France s’est considérée comme un pays riche en eau. Nos fleuves, nos rivières, nos nappes souterraines et nos montagnes semblaient garantir une ressource abondante et durable. Cette certitude appartient désormais au passé.

Les sécheresses répétées, les incendies de forêt de plus en plus précoces et violents, les tensions entre les différents usages de l’eau ou encore les difficultés rencontrées par le monde agricole démontrent que nous sommes entrés dans une nouvelle réalité climatique. L’eau devient progressivement l’un des grands enjeux stratégiques du XXIᵉ siècle.

Il ne s’agit plus seulement d’un défi environnemental. C’est une question de souveraineté nationale.

Sans eau, il n’y a pas d’agriculture performante, donc pas d’indépendance alimentaire. Nos agriculteurs, déjà confrontés aux aléas climatiques, doivent pouvoir produire tout en préservant cette ressource. Cela suppose des investissements dans des systèmes d’irrigation performants, la modernisation des réseaux, le stockage de l’eau en période hivernale lorsque les conditions locales le permettent, ainsi qu’une adaptation progressive des pratiques agricoles.

Cette ambition s’inscrit pleinement dans le projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles, qui entend contribuer à la reconquête de la souveraineté alimentaire française. Déposé en procédure accélérée par le Gouvernement le 8 avril 2026, ce texte a été examiné en première lecture par l’Assemblée nationale du 19 au 22 mai 2026. Il a ensuite été adopté avec modifications par la commission des affaires économiques du Sénat le 17 juin, avant d’être adopté en première lecture par le Sénat le 2 juillet 2026, par 219 voix pour et 111 contre. 

Cette initiative traduit une volonté de renforcer durablement notre capacité à produire notre alimentation tout en conciliant performance économique et préservation des ressources naturelles, au premier rang desquelles figure l’eau.

L’eau est également indispensable à notre souveraineté énergétique. 

Elle permet la production d’électricité d’origine hydroélectrique, mais elle est aussi essentielle au fonctionnement des centrales nucléaires françaises, dont les systèmes de refroidissement utilisent l’eau des fleuves ou de la mer dans des conditions strictement encadrées. Dans un contexte où la sécurité énergétique est devenue un enjeu majeur, garantir la disponibilité de cette ressource est un impératif stratégique.

Mais gérer l’eau, c’est aussi anticiper les crises.

Chaque été, les services de secours sont mobilisés contre les incendies de forêt, dont la violence est accentuée par des périodes de sécheresse prolongées. Les militaires de la gendarmerie participent pleinement à cette mobilisation. Ils sécurisent les zones sinistrées, facilitent les opérations des secours, veillent au respect des arrêtés préfectoraux limitant les usages de l’eau et participent à la protection des populations.

La gendarmerie exerce également une mission essentielle de police de l’environnement. En lien avec les services spécialisés de l’État, elle lutte contre les pollutions des cours d’eau, les prélèvements illégaux, les atteintes aux zones humides et toutes les infractions susceptibles de compromettre durablement cette ressource vitale.

La protection de l’eau ne relève cependant pas uniquement des pouvoirs publics. Elle est l’affaire de chacun. Réduire le gaspillage, entretenir les réseaux, récupérer les eaux pluviales lorsque cela est pertinent, protéger les zones naturelles et adopter des comportements responsables sont autant de gestes qui participent à un effort collectif.

Notre pays devra également engager des choix parfois difficiles. Moderniser les infrastructures, réduire les pertes sur les réseaux, développer le recyclage des eaux usées traitées, renforcer les capacités de stockage lorsque cela est compatible avec les exigences environnementales et encourager l’innovation seront autant de leviers indispensables.

L’eau est un patrimoine commun. 

Elle ne peut plus être considérée comme une ressource inépuisable. Sa préservation conditionne notre alimentation, notre énergie, notre développement économique, la sécurité de nos territoires et, au fond, notre indépendance nationale.

Les militaires de la gendarmerie connaissent mieux que quiconque la valeur de l’anticipation. Ils savent qu’une crise se prépare bien avant qu’elle n’éclate. Il en est de même pour la gestion de l’eau. Les décisions que nous prenons aujourd’hui détermineront notre capacité à faire face aux défis de demain.

Préserver l’eau, c’est protéger notre avenir. C’est assurer notre souveraineté alimentaire, garantir notre indépendance énergétique, préserver notre environnement et transmettre aux générations futures une ressource indispensable à la vie. Plus que jamais, l’eau mérite d’être reconnue comme un bien commun stratégique, dont la gestion responsable constitue l’un des fondements de la résilience et de la souveraineté de notre Nation.

Chroniqueur pour La Voix du Gendarme 

Jean François Stephan