Le 12 Janvier, la ville du Mans et le groupement de Gendarmerie de la Sarthe ont organisé une cérémonie militaire pour le 155ème anniversaire de la bataille de Pontlieue de 1871.

Pour permettre à l’armée de la Loire commandée par le général Chanzy, 2 officiers et 83 gendarmes ont donné leur vie pour que cette armée se retire de la ville en emmenant tout le matériel et les blessés.

Une stèle a été érigée, sur les lieux mêmes de la bataille, par la ville en 2022.

Sébastien Jallet, préfet de la Sarthe, dans son allocution rappelait les qualités intrinsèques de la Gendarmerie d’hier comme d’aujourd’hui : abnégation, don de soi, protection des populations. Les élus et autorités invités déposaient chacun une gerbe au pied de la stèle.

Rappel des faits :

(Texte repris  du livre huit siècles de Gendarmerie  des éditions Larrieu-Bonnel de 1967).

Le soir du 11 janvier 1871, le général Chanzy, commandant en chef l’armée de la Loire, envoya vers huit heures cette dépêche à l’amiral Jaurès : Le cœur me saigne, mais quand vous, sur qui je compte le plus, me déclarez la lutte impossible et la retraite indispensable, je cède… Préparez donc tout pour cette retraite ; qu’elle se fasse le plus lentement et avec le plus d’ordre possible ; disputez, je me répète, le plus longtemps possible l’entrée du Mans à l’ennemi ; il faut que nous ayons le temps de sauver l’armée.’’

Puis Chanzy donna ses ordres :

« La retraite du Mans ne peut être la perte de la deuxième armée, sur laquelle la France compte encore ; elle se reconstituera et reprendra son rôle,

La cavalerie sera répartie sur les routes et chemins pour arrêter les fuyards, les grouper, les ramener à leur corps, elle couvrira aussi la retraite et surveillera les mouvements de l’ennemi.

On devra former des arrière-gardes solides, chargées de défendre le terrain pied à pied.’’

Ce grand parti une fois pris, il n’y avait donc plus qu’à éviter le désordre et, d’abord, empêcher l’encombrement du Mans.

Les généraux et les chefs de corps, pénétrés de la gravité de la situation, redoublèrent d’énergie.

Ainsi grâce aux dispositions prises, l’énorme masse d’hommes, de voitures, de canons, de caissons, qui devait franchir la Sarthe au Mans, put déboucher sur la rive droite de la rivière, non sans quelque peine. Il y eut, et c’était à prévoir, un encombrement fâcheux dont un aumônier laisse un aperçu :

‘’Tout le monde voulait passer à la fois, convois, cavalerie, ligne, mobiles, chasseurs… Les officiers de chaque arme disant aux leurs : Suivez ! On nous faisait passer sous le ventre des chevaux, sous ou sur les caissons des canons, entre les moyeux des roues, qui marchaient et se heurtaient..’’

Mais avant, pour l’ensemble de l’armée de La Loire, de franchir le pont de Pontlieue que le brave capitaine du génie, n’ayant pas parvenu à faire sauter en entier, l’ennemi dut compter avec les Gendarmes du Général Bourdillon.

Voici le récit de cette bataille qu’en donne M. Mallet rédacteur en chef du journal la Sarthe :

Échelonnés le long de la rivière et appuyés par deux mitrailleuses, les gendarmes firent bravement leur devoir. On leur avait dit de se dévouer pour le salut de l’armée ; ils se dévouèrent noblement, avec la simplicité et l’héroïsme qui, en toute circonstance, distinguent ce corps d’élite.

Pendant plus d’une heure, ils combattirent là avec l’énergie du désespoir. Lorsqu’il fut bien prouvé que les corps qui les précédaient se trouvaient réellement hors de danger, alors seulement, ils consentirent à se retirer en ordre, pas à pas, et se défendant toujours.

Et voici ce qu’ajoute le capitaine Courtil des Mobiles du Lot :

 ‘’ A la sortie de Pontlieue, un bien beau spectacle frappait nos regards ; c’était un régiment complet de Gendarmerie à pied, colonel en tête, ces braves gendarmes, à la physionomie martiale, allaient disputer l’entrée de la ville à l’ennemi.

Quand il ne resterait plus un homme, plus un caisson, quand l’armée entière serait en sûreté et que les ponts auraient sauté en leur présence, alors seulement ils se retireraient.

A voir défiler ainsi, dans une tenue d’autrefois, calmes, héroïques, ces hommes robustes, fortement constitués et qui, presque tous, portaient sur leur poitrine les insignes de l’honneur ou les médailles de leurs campagnes, on songeait involontairement à quelque épisodes de ces grandes guerres de l’Empire : la retraite de Russie et la Garde Impériale.

Cette belle troupe, marchant fièrement dans un silence et dans un ordre parfaits, contrastait singulièrement avec la débandade du reste de l’armée.’’

Les gendarmes du Général Bourdillon avaient perdu 2 officiers et 83gendarmes.

Le 12 janvier 2025, au pied de la cathédrale du Mans, se tenait une cérémonie militaire pour la remise du drapeau au groupement de la Gendarmerie de la Sarthe, avec inscription Le MANS 1871. C’est le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau et du général d’Armée Hubert Bonneau directeur de la Gendarmerie nationale, qui remettaient ce drapeau au colonel Bracq commandant le groupement de la Sarthe.

Eric Mondin